Scolarisation obligatoire à 3 ans : un cadeau aux écoles privées !
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Article N°22257

Scolarisation obligatoire à 3 ans : un cadeau aux écoles privées !

L'examen du projet de loi "pour une école de la confiance" débute aujourd'hui à l'Assemblée Nationale et le ministre jean Michel Blanquer fait lui-même de la scolarisation obligatoire des enfants à partir de 3 ans l'emblème de son projet.
Qu'en est-il exactement et pourquoi peut-on déceler derrière ce projet de scolarisation mis en résonance avec le reste de la politique éducative du gouvernement les sirènes libérales d'une conception bien connue, favorable aux écoles privées...

Commencer par afficher la volonté de scolariser tous les enfants dès 3 ans peut sembler un objectif noble et parfaitement acceptable pour l'opinion publique. Comme souvent avec ce ministe, dont il faut rappeler qu'il fut l'exécuteur de la politique éducative du quinquennat Sarkozy, derrière l'image se cache une réalité beaucoup plus contrastée :

Aujourd'hui 97% des enfants de 3 ans sont déjà scolarisés, il s'agit donc d'une loi pour 3% du public ciblé... Par ailleurs si la scolarisation n'est pas obligatoire, elle permet une certaine souplesse dans l'adaptation progressive à l'école avec des temps de présence variable selon les situations et  la possibilité de construire progressivement une culture scolaire pour ceux qui peuvent en être les plus éloignés.
Certes, on peut constater des écarts territoriaux avec une scolarisation à seulement 70% dans des territoires ultra-marins ou très ruraux par exemple mais curieusement, on ne fait pas de corrélation immédiate avec le taux d'équipements scolaires inférieur, c'est à dire que si il y a moins de classes pour pouvoir scolariser les enfants, il est certain que l'on va avoir un taux de scolarisation plus faible...

La scolarisation obligatoire entraîne depuis la loi Debré de 1959,  l'obligation pour les communes de financer à parts égales les écoles privées et les écoles publiques y compris lorsque l'école privée se trouve sur le territoire d'une autre commune...
Abaisser l'âge de la scolarisation à 3 ans équivaut donc à alourdir la charge des communes qui seront tenues de financer les écoles maternelles privées qui rappelons-le bénéficient aussi des frais de scolarité versés par les familles et n'ont aucune obligation en termes de respect de la carte scolaire !
Bref, le gouvernement fait un cadeau aux écoles privées qui sera financé par les impôts communaux alors que jusqu'à présent cette obligation n'existait pas pour les communes qui pouvaient ou pas participer à la concurrence scolaire organisée par le privé.

En parallèle de ce qui précède, il faut rappeler l'engagement de supprimer 120 000 poste de fonctionnaires sur le quinquennat. Avec la réforme des lycées en baissant notablement les heures de cours des élèves de lycée professionnel, il y a déjà eu de quoi faire.
Si on y ajoute le dédoublements des CP et CE1 de zone prioritaires qui se fait à moyens constants, on comprend facilement que l'on déshabille Pierre pour habiller Paul. Les mouvements de défense des classes qui se multiplient dans le Tarn et Garonne comme ailleurs en sont l'illustration. Avec une seule création de poste pour le département et un besoin de plus de 10 postes pour couvrir les besoins liés au dédoublements, il faut bien fermer des classes.... Si l'on renforce l'obligation scolaire sans moyens supplémentaires en maternelle, on va mécaniquement alourdir les classes au détriment de la qualité de l'enseignement dans le public qui est lui tenu d'accueillir tous les élèves qui se présentent. Les écoles privées auront alors beau jeu de capter des élèves détournés sciemment de l'enseignement public en bénéficiant des subventions payées par nos impôts alors qu'elles ne sont soumises à aucune obligation d'accueil et peuvent choisir leurs élèves.

Il ne faut pas être grand clerc pour saisir la manoeuvre qui à partir d'une mesure présentée comme un progrès organise une concurrence faussée car les règles ne sont pas les mêmes pour tous...La logique à l'oeuvre est bien connue, elle est d'essence libérale et repose sur le principe de la mise en concurrence des établissements par les familles qui soucieuse du bien-être de leur progéniture contribuent en définitive à affaiblir sans le vouloir vraiment le service public.

M. le ministre, si vous voulez vraiment favoriser une scolarisation plus précoce, renforcez les moyens de l'école publique là où c'est nécessaire plutôt que d'organiser son affaiblissement caché derrière de fausses bonnes intentions !

Olivier FOURNET

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