Acteurs Locaux Les deux Savoie – Puygros, au cœur du métier d'éleveur laitier
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Article N°29409

Acteurs Locaux Les deux Savoie – Puygros, au cœur du métier d'éleveur laitier

A la ferme Chatelain, Nicolas gère son troupeau de vaches laitières et le fait évoluer grâce à une sélection rigoureuse tout en tenant bon face à la pression foncière et aux pénuries d'eau — une passion qui ne compte pas ses heures.
 

C’est au-dessus de Puygros, au cœur des Beauges que se situe la ferme Chatelain[i] du nom de la famille qui l’exploite. Toute sa production est vendue en direct, à la ferme, sur les marchés de Challes-les-Eaux et Aix Les Bains et aux professionnels. Nous connaissions ses bons produits découverts sur le marché, lait, yaourts, crème fraîche, Serac, fromages et selon les saisons, des glaces artisanales et de bons petits plats fabriqués à la ferme pour le plus grand plaisir de nos papilles. Nous avons voulu découvrir la ferme.

C’est le fils de la famille Nicolas, 27 ans, qui est en charge de la ressource la plus précieuse de la ferme, à savoir ses 80 vaches et génisses. C’est lui qui s’occupe d’elles de A à Z. Pour Nicolas, « C’est une passion. Si on comptait le gain par heure on n’irait pas bien loin ».
Pour l’instant le troupeau est panaché entre 3 races : l’Abondance, reconnaissable à son masque blanc sur fond marron,  la Tarine (ou Tarentaise) marron et la Montbéliarde, blanche et marron. A terme Nicolas souhaiterait avoir 100% d’Abondance qu’il privilégie pour la qualité de leur production.  Il décrit les Tarines comme plus vives et produisant moins de lait et les Montbéliardes comme produisant du lait de façon satisfaisante mais « fragiles du pied ». C’est à lui qu’incombe l’évolution du troupeau qui commence par la sélection des reproducteurs.

Cliquez sur l'image et découvrez Nicolas :

Nicolas Chatelain - Etable - Puygros
Comment se passe la sélection ? Le taureau n’est pas invité à la ferme, non ce n’est plus comme ça que cela se passe sourit Nicolas. De nos jours, les vaches et génisses sont inséminées avec des semences de reproducteurs sélectionnés sur catalogue, en l’occurrence celui d’Auriva Elevage[ii], une coopérative française présente en Auvergne Rhône Alpes, spécialisée dans la génétique bovine (ventes de semence de taureaux, génotypage) et les technologies de reproduction (transplantation embryonnaire, FIV).
Chaque race, par exemple l’Abondance, dispose de son catalogue d’ « Offre génétique », qui présente un large choix de taureaux dont on pourra commander la semence pour insémination. Chaque taureau est identifié par son prénom, avec sa filiation, père, mère et grand parents et ses points forts. Les caractéristiques présentées par ses filles sont répertoriées et comparées aux moyennes de la race.
  • Les critères morphologiques : Une vingtaine de critères sont pris en compte, dont le format (largeur de la poitrine, profondeur du flanc, longueur du bassin etc.), les aplombs, qui indiquent la stabilité et le confort de l’animal ainsi que les caractéristiques des mamelles et des trayons (les 4 tétines du pis). Ces éléments visent à obtenir des vaches solides et équilibrées : avec des mamelles bien formées avec des trayons adaptés à la machine qui permet notamment d'optimiser la longévité des animaux (moins de réformes précoces) et de faciliter le travail quotidien (traite, vêlage, déplacement).
  • Les caractéristiques de production laitière : 8 indices permettent de juger de sa performance, comme le volume de lait produit mais aussi de la qualité attendue comme le taux de protéines ou de matières grasses dans le lait, importants pour le fromage. Ces critères permettent de maximiser le potentiel du troupeau sans augmenter le nombre d'animaux.
  • Les caractéristiques fonctionnelles : une dizaine d’indices permet de sélectionner des vaches plus rustiques et autonomes : une meilleure santé de la mamelle (moins de mammites, inflammations de la mamelle qui peuvent nécessiter des interventions), meilleure fertilité, traite plus rapide et tempérament docile. L’objectif est d'optimiser ses coûts (vétérinaire, semences, main-d'œuvre) et de réduire le temps de travail quotidien, tout en augmentant la longévité des animaux dans le troupeau.
Pour chacune de ses bêtes, l’éleveur sélectionne le taureau en fonction des caractéristiques qu’il veut retrouver dans la descendance. Par exemple s’il a noté chez une vache une propension à faire des mammites il sélectionnera un reproducteur dont la descendance montre une santé mammaire supérieure à la moyenne de la race. Cette sélection génétique permet aux éleveurs d'améliorer durablement la rentabilité de leur troupeau en optimisant la production, la santé, la longévité et les coûts de fonctionnement, sans investissement matériel supplémentaire.
Ce dont Nicolas est le plus fier « c’est de voir l’évolution des bêtes de leur naissance à leur fin, c’est une fierté de voir l’évolution de chaque souche ».
Et en effet, l’amélioration du troupeau, sa robustesse et sa production de lait est essentielle pour l’équilibre financier de la ferme. Une vache qui produit moins de lait, une insémination qui ne prend pas et c’est une baisse de production qui a des répercussions financières importantes. Nicolas se souvient de l’épidémie de dermatose nodulaire de l’an passé. Ses vaches avaient fort heureusement échappé au virus, mais le vaccin a eu un effet délétère sur leur fécondité qui s’est traduit par des échecs d’inséminations et des avortements, un lourd impact pour l’exploitation.

D’autres éléments pèsent sur l’exploitation. L’eau est un problème récurrent dans une activité où elle est indispensable à la survie des animaux. C’est 100 litres d’eau par jour et par bête qui sont nécessaires, et la cuve de 12000 litres ne suffit pas toujours avec des étés aussi chauds. La terre est aussi source de préoccupations. La ferme est entourée de 80 hectares de pâturages, en grande partie loués, mais elle voit chaque année 3 à 4 hectares grignotés au profit du foncier. Ce sont souvent des terrains qu’ils ont entretenus et plantés depuis des années qui vont devenir des résidences secondaires « pour que des citadins puissent mettre un transat sous un arbre fruitier deux fois par an » dit Nicolas avec une amertume résignée.
Mais rien ne peut entamer sa passion qui s’est révélée très tôt. Nicolas s’est orienté dès la 4ème vers une formation agricole à la Maison Rurale de Mozas[iii] à Bourgoin-Jallieu, puis a poursuivi jusqu’à sa spécialisation en élevage laitier au Centre d’Elevage de Poisy[iv]. C’est grâce à ce parcours qu’il assure lui-même les vêlages et des gestes techniques comme le parage qui consiste à tailler le pied des vaches pour rétablir une forme et un appui physiologiques naturels. Il minimise ainsi le recours à un vétérinaire.
A la question « à quoi ressemblent vos loisirs » un blanc s’installe. Nicolas réfléchit à ce que peuvent être des loisirs dans ses journées de 15 h de travail où les traites doivent être faites toutes les 12 heures, tous les jours de l’année. Puis son visage s’éclaire et il répond : « je ne sais pas si je devrais le dire. Parfois le dimanche après la traite je vais à la chasse. » Mais ajoute-t-il « c’est autant pour regarder l’animal que pour le prélever et je trie ce que je prélève». Là encore, c’est le contact avec la nature, avec les animaux qui représentent ces quelques heures juste pour lui.

Nous avons quitté la ferme impressionnés par la passion de ce jeune éleveur pour son métier, ses bêtes, sa terre et par son courage pour travailler sans relâche et faire face aux pressions qui surgissent de toutes parts. Il porte fièrement un héritage qui n’est pas que familial, car sans des éleveurs comme la famille Chatelain qui élève ses vaches laitières, qui valorise ses produits avec passion et créativité, et qui perpétue les traditions et enrichit le terroir, que serait notre belle région ?

À propos de l'auteur
Nathalie Roc Mawet est Présidente d'Acteurs Locaux Les Deux Savoie depuis mai 2025 et auteure sur SmartRezo Les Deux Savoie. Elle y publie des articles sur l'économie locale, le développement territorial et la souveraineté numérique.
Diplômée d'un MBA en Marketing (EM Lyon Business School) et titulaire d'un DEA de Chimie et d'une Maîtrise de Biochimie (Université Paul Sabatier Toulouse), elle a exercé plus de 30 ans dans l'industrie au sein de groupes internationaux tels que CAS (American Chemical Society), Dow Chemicals, Rohm and Haas, Nalco (Ecolab) et SpecialChem.
Engagée pour la valorisation des acteurs territoriaux, elle s'appuie aujourd'hui sur la plateforme collaborative SmartRezo pour promouvoir l'économie de proximité et le circuit court.
🔗 LinkedIn · Profil SmartRezo Les Deux Savoie
Dernière mise à jour : 12 août 2026

 
 
[i] https://la-ferme-chatelain.eatbu.com/?lang=fr
[ii] https://auriva-elevage.com/#
[iii] https://www.mfr-mozas.org/

Nathalie ROC MAWET

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