Vers L’Effondrement ! (Par Emmanuel Mawet et Christophe-Alexandre Paillard)
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Article N°29512

Vers L’Effondrement ! (Par Emmanuel Mawet et Christophe-Alexandre Paillard)

Les auteurs s’expriment à titre personnel et ne représentent le point de vue d’aucune institution.

Cinq indicateurs, une même trajectoire ; celle d'une nation qui semble se défaire et être incapable de se relever. Du monde politique démonétisé jusqu’à l’école effondrée, de la violence banalisée à l’industrie liquidée, avec une dette publique de 3.595 milliards d'euros que plus personne n'ose regarder en face, la France cumule tous les symptômes d'un effondrement systémique à venir et déjà si proche. Les violences et les destructions du mois d’octobre 2026 ne font qu’ajouter à ce paysage de dévastation. Reste une question, et en fait la seule qui vaille : la France a-t-elle encore la capacité de se redresser ? Et si oui, que doit-on faire ?


 

Depuis longtemps, nous sommes nombreux à nous inquiéter du déclin français. Cette crainte était fondée sur plusieurs indicateurs qui, hélas, ne mentaient pas ; même si l’Intelligentsia française était et reste très majoritairement dans le déni de ce qui se passe.
Les évènements qui secouent aujourd’hui notre pays, et nous ne parlons pas seulement du mouvement des lycéens et des émeutes et destructions urbaines qui l’accompagnent, nous interpellent et nous font parler d’un véritable effondrement moral et social.
Mais une fois ce constat posé, quels sont dans ce cas les éléments qui nous permettraient de répondre aux problèmes posés et de proposer une politique de redressement pour la France ?

Dans son ouvrage le mal français1 paru en 1976, Alain Peyrefitte décrivait les principaux maux qui nous rongent. Il analysait, déjà, les blocages administratifs, la centralisation excessive de l’État, les rigidités de notre société et les structures mentales de notre pays. C’est donc à partir de ce diagnostic que s’est articulée notre réflexion tirée du temps présent et des défis que nous devons relever.
Cinq éléments nous paraissent aujourd’hui clefs pour établir un diagnostic pertinent :
  • La démonétisation du monde politique, certes traditionnelle dans l’histoire française contemporaine, mais qui atteint de nouveaux sommets, comparables à ceux des années trente.
  • Les modes de gestion de l’éducation nationale avec, pour résumer grossièrement, une approche très pédagogiste et idéologique de nombre de ses clercs, avec l’idée qu’une génération à 80% au baccalauréat était pertinente, alors qu’elle a conduit à un effondrement complet du niveau dans toutes les matières enseignées pratiquement partout en France.
  • La montée de la violence et de l’insécurité dans la société française qui devient cataclysmique, bien que ce phénomène touche pratiquement tous les pays occidentaux au sens large, et les événements des dernières semaines ne font qu’en rajouter une couche.
  • La désindustrialisation de notre économie qui conduit à la réduction de sa part dans le PIB à 9% aujourd’hui.
  • La crise économique et financière qui frappe notre pays et qui est en partie liée au poids excessif des dépenses publiques dans notre PIB.
Ce regard holistique devrait nous permettre de tirer quelques enseignements, mais l’objectif n’est pas d’avoir une vision pessimiste et décliniste sur notre société. Il est bien d’avoir une vision réaliste de ce qui existe, des moyens d’y faire face et de proposer des solutions crédibles et acceptables pour les Français.
L’une des difficultés majeures de cet exercice reste cependant l’existence de liens très étroits entre ces différents facteurs qui peuvent compliquer l’établissement de propositions réalistes et possibles à mettre en œuvre à partir de 2027.

 

La démonétisation du monde politique, jusqu’où ?

Premier de ces facteurs, l’importante démonétisation de notre monde politique. Une boutade bien connue veut que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Force est de constater que le recours au déni, aux à peu-près, aux mensonges et aux contre-vérités par nombre de nos responsables politiques ont durablement atteint leur crédibilité auprès de la population française. C’est un mélange explosif de petites lâchetés et d’incompétences, mais aussi de l’absence de vraie culture générale et de recul historique, qui frappent nos décideurs. Ce n’est pas vraiment nouveau là aussi ; il suffit de relire Marc Bloch dans l’étrange défaite2 ou la collection de l’histoire diplomatique de la France de Jean-Baptiste Duroselle3 ou son ouvrage transversal, diplomatie et outil militaire4.

Mais au-delà de tout cela, comment peut-on expliquer un tel désamour entre les Français et leurs élus ?
Si l’opinion publique est de facto changeante, comme dans toute démocratie, il existe des raisons plus spécifiques qu’il est possible d’objectiver, sans être naïf, car l’art de mentir, de changer, mais aussi de s’adapter, sont de tout temps intrinsèques à l’action politique :
La première vraie « trahison » politique remonte à 43 ans environ. En 19835, et après l’espoir soulevé à gauche par l’élection à la présidence de la République du socialiste François Mitterrand, et la mise en place d’un programme économique d’essence socialo-communiste à partir de 1981, la réalité économique d’une économie plus mondialisée, en voie de financiarisation, obligea la France à un retournement brutal de la politique économique menée jusqu’alors. Ce fut la mise en place d’une politique de rigueur, en réalité nécessaire du fait de la nécessité de redresser les comptes publics et de devoir rester collés à l’Allemagne, mais qui fut une surprise pour beaucoup6, au moins à gauche. C’était le prix du maintien de la construction européenne et de la place de la France dans l’économie mondiale. Bien entendu, ce mouvement s’est fait sans véritable explication de fond, nationale, à l’issue d’un débat. Mais l’idéologie sous-jacente affichée ne changea pas à gauche, ni même à droite d’ailleurs, alors qu’il aurait fallu expliquer les raisons structurelles de l’échec de la politique de relance des années 81/83, en précisant qu’un tel modèle ne conduit qu’à la ruine et au chaos. La gauche trouva donc dans l’antiracisme et la lutte contre un fascisme fantasmé une alternative à la question sociale, renvoyée aux calendes grecques ; expliquant en grande partie les sources des émeutes et destructions de l’automne 2026.

La deuxième trahison qui a affecté notre rapport à la Démocratie a été le résultat du référendum de 2005, remis en cause par le président Nicolas Sarkozy et qui, dès 2007, avec le vote en 2008 par les deux chambres réunies en congrès7 du traité de Lisbonne, a imposé une version à peine altérée de la constitution européenne refusée en 2005 par le peuple français à une très forte majorité. Peu importe que nous ayons été pour ou contre ce texte, le résultat des urnes n’a pas été respecté ; faisant entrer progressivement la France dans l’univers des adémocraties, avec des décisions politiques majeures qui violent la volonté nationale.
Bien entendu, il existe d’autres facteurs explicatifs, comme les modifications et altérations successives de nos institutions qui nous ont amené à la crise systémique que nous connaissons aujourd’hui, à l’exemple d’un redoutable principe de précaution inscrit dans la constitution de 1958 par Jacques Chirac : il s’agit de l’intégration en 2005 de la charte de l’environnement adoptée en 2004.
Ces deux événements, séparés de 24 ans, ont abouti à la trahison plus globale de ce que l’on pourrait appeler le « peuple de gauche » pour le premier ; et à une trahison d’une majorité de Français de gauche comme de droite pour le second, alors que 55% des Français ne souhaitaient plus que la construction européenne continuât ainsi.

La grande majorité de nos élites a considéré que le peuple n’était pas tout à fait en capacité de comprendre les « vrais enjeux » conçus les pères fondateurs de l’Europe dans sa version communautaire, puis dans celle de l’Union européenne. Par construction, le Peuple ne comprend rien aux enjeux et la Nomenklatura dirigeante peut l’oublier sans remord. Il fallait donc décider à sa place et c’est ce qui fut fait après 2007.

On peut ajouter à ces deux dates clefs l’ensemble des décisions politiques aberrantes, dont il serait trop long de faire ici la liste, qui ont jalonné ces quatre dernières décennies, et qui, lorsqu’elles étaient votées par la gauche et critiquées par la droite, n’ont jamais été remises en cause par l’un ou l’autre camp. On peut citer pêle-mêle la retraite à 60 ans sous François Mitterrand, obsolète dès sa création pour de nombreux salariés et agents publics, compte tenu de l’allongement de la durée de vie et de l’évolution de la démographie ; les 35h de Martine Aubry et de Lionel Jospin qui ont envoyé un très mauvais signal aux Français sur le thème du « travailler, ce n’est pas intéressant, vive les loisirs » et qui ont conduit à la désindustrialisation présentée plus loin dans ce texte ; l’inflation normative, encouragée par des administrations publiques et des tribunaux qui devaient justifier leurs incessantes demandes de moyens. Or, une politique qui n’encourage pas la création d’entreprises et donc qui ne favorise pas la création de valeur pour notre économie ne donne aucun espoir pour l’avenir ! Nous y sommes aujourd’hui.

Si de nombreux Français peuvent donc avoir des sentiments assez ambivalents sur ce qui se passe dans leur pays actuellement ; au fond d’eux-mêmes, ils se rendent compte que nos dirigeants, depuis des décennies, ne savent plus prendre de décisions et encore moins celles qui sont nécessaires. Selon le dernier baromètre CEVIPOF de février 2026, seulement 22% des Français déclarent avoir confiance dans la politique, un chiffre historiquement bas et qui est le reflet du sentiment de défiance dominant.

 

L’Éducation nationale et la dés-éducation

Deuxième thème et sujet d’actualité brûlant, nous avons assisté à une mobilisation d’une minorité très active de lycéens, un sujet qui croise aussi la montée de la violence physique et verbale dans notre jeunesse. Les lycéens manifestaient récemment contre leur condition de lycéens, avec pêle-mêle, des lycées délabrés pour certains, un manque d’enseignants, des problèmes d’emploi du temps, etc. Ce mélange mal défini était probablement révélateur d’un malaise et d’une angoisse diffuse de nos jeunes générations, comme la trop fameuse éco-anxiété8, qui confine à l’état de pathologie psychotique chez certains, sans oublier les séquelles de la pandémie de la covid-19. Mais cela n’explique pas tout !

Cette mobilisation a au moins un mérite, elle démontre l’effondrement de la capacité du ministère de l’éducation nationale à former la jeunesse française. Et nous tenons tout de suite à marquer notre désaccord avec ceux qui affirment que l’une des missions de l’éducation nationale serait de permettre l’épanouissement de notre jeunesse.
Et bien non ! La première mission de l’éducation nationale est d’instruire nos jeunes générations quant aux savoirs fondamentaux. Elle est ensuite de leur donner les armes nécessaires pour s’insérer dans la vie professionnelle et citoyenne, et la vie tout court, sans fumisterie idéologique. Le reste n’est plus qu’un bénéfice annexe et non sa finalité.

La « révolte lycéenne » qui a fait la une des médias et qui anime les plateaux des chaînes d’information en continu a été symptomatique d’un mal-être de la jeunesse occidentale, exacerbé dans la jeunesse française. Elle a éclaté moins de deux semaines après la publication catastrophique du dernier classement Pisa 20259. Elle a révélé une chute historique et rapide du niveau des élèves français : -18 points sur la compréhension de l’écrit ; -16 points en mathématiques entre 2022 et 2025. 36% des élèves de 15 ans sont en grande difficulté en mathématique. Ce sont des chiffres dont on peut trouver une confirmation empirique mais éloquente dans l’orthographe ou la grammaire de certaines pancartes des manifestants ou des CV et lettres de motivation adressés aux entreprises et administrations. C’est le « meilleur des mondes » dans la France de 2026.
Cette dégringolade est en partie liée au fait que 45% des élèves français sont scolarisés dans un établissement déclarant une pénurie d’enseignants, contre 39% (chiffre déjà élevé) en moyenne dans les pays de l’OCDE10. Mais ce n’est pas le vrai facteur explicatif de ce Waterloo éducatif, loin de là !

En réalité, cet effondrement est lié aux facteurs suivants :
  • La baisse d’exigence et d’excellence.
  • La mise en œuvre de la revendication de 1968 « il est interdit d’interdire ».
  • Avoir retiré le « magister » à l’enseignant en pensant que l’apprenant et l’enseignant étaient sur une position égale.
  • La massification11 de l’enseignement avec un objectif de 80% d’une classe d’âge au baccalauréat sans tenir compte du réel12 et un accès « open bar » à l’université.
  • L’irruption désordonnée des nouvelles technologies et des réseaux sociaux qui mobilisent élèves et étudiants plus que de raison.
  • Une immigration de masse concentrée dans certains quartiers, avec une majorité d’élèves d’origine étrangère ne maîtrisant pas la langue française dans certaines classes, et un effondrement du niveau général de ces dernières13, puisqu’il n’est plus possible de faire respecter l’autorité et d’enseigner, sauf à prendre, dans certains cas, des risques inconsidérés pour sa vie. Au vu des rémunérations des enseignants, il n’est pas difficile de comprendre que, pour ces agents publics, survivre est devenu le premier des objectifs dans de nombreux départements.
Ces facteurs cumulés conduisent donc à un effondrement des capacités cognitives et à la montée de la violence désinhibée. Nous en voyons tous les jours les résultats partout en France ! Il suffit de regarder ce qui s’est passé en France le 17 octobre 2026. Et le pire est sans doute à venir !

Par ailleurs, le seul horizon donné à notre jeunesse est celui d’être un consommateur égoïste. L’école n’est plus vécue comme un lieu de transmission, mais comme une prestation que l’on réclame. Nous brandissons et revendiquons nos droits, sans penser à leurs pendants, nos devoirs. Cette lacune est devenue une revendication. Le plus triste, c’est que ces décisions prises souvent par idéologie, ont sacrifié une grande partie de notre jeunesse et impactent gravement notre économie et notre industrie, en les privant d’une main d’œuvre qualifiée et bien formée sur l’ensemble de son spectre. La fierté du travail bien fait est même un concept jeté aux oubliettes. Or, une nation ne saurait être constituée uniquement d’ingénieurs de haut niveau ou de managers, sauf à vouloir refaire l’École des fans de Jacques Martin et ses 10 sur 10 à tous les enfants présents. Mais finalement, n’en sommes-nous pas déjà là avec l’infantilisation et l’abêtissement de notre société ? Les « débats », et le terme est impropre, sur les plateaux de télévision montrent tous les jours à quels niveaux de bêtise nous sommes parvenus.

 

La montée de la violence comme mode de vie en société

Troisième cause explicative : depuis plusieurs dizaines d’années, nous ne cessons d’observer une montée de la violence dans tous les pans de la société. Les causes en sont variées, mais elles sont observables dans les chiffres de la délinquance et de la criminalité. Si le nombre d’homicides avait baissé à la fin du XIXe siècle jusqu’au tout début du XXIe siècle14, en dehors des périodes de guerre, les derniers chiffres de 2025 sur les homicides, tout comme ceux des tentatives d’homicide et sans parler des violences sexuelles, sont éloquents15. Il existe même un site qui comptabilise les faits criminels en temps réel16. Certes, l’explosion de la violence n’est pas partout identique, sur tous les actes délictueux ou criminels. Par exemple, le nombre de vols a diminué, mais les vols se pratiquent désormais avec une violence débridée, comme le montre l’augmentation des cas de « homejacking ».

Cette tendance n’est pas spécifique à la France, même si son ressenti est probablement plus important. Elle s’observe dans nombre de pays occidentaux, qui avaient connu une société plus apaisée à la fin du XXe siècle, Europe occidentale, Amérique du Nord et Australie compris.

L’une des raisons souvent avancée par l’aile droite de l’échiquier politique reste la question du laxisme de la justice, réel ou supposé, qui remonterait à l’époque mitterrandienne, sous l’influence de Robert Badinter récemment panthéonisé. Cette accusation est en fait exagérée. Ce courant de « nouvelle défense sociale » était apparu dès les années 1970, sous l’impulsion d’enseignants de l’École Nationale de la Magistrature (ENM), incluant des magistrats du corps professoral marqués à gauche. Ce que Robert Badinter a par contre fait, c’est d’amplifier ce mouvement en faisant de cette doctrine une idéologie appliquée au recrutement des jeunes magistrats par l’ENM et une règle. comme le rappelle son discours du 15 octobre 198117. Cette accusation ne repose pas tant sur son action liée à l’abolition de la peine de mort, mais sur son rapport à l’idéologie appliquée dans l’école de la magistrature selon le principe que les délinquants étaient en fait des victimes de la société, mettant complètement de côté les victimes des actes de délinquance.
A rebours de cette idéologie, l’un des premiers rôles, mais pas uniquement, de la justice est de protéger la société contre les délinquants et les criminels, et d’apporter une réparation aux victimes et à leurs familles, pour éviter toute tentation de recours à la vengeance individuelle. Il ne peut y avoir de solution uniquement éducative ou de réinsertion. La sanction est nécessaire et constitue une étape incontournable. Sans sanction, on ne met pas le délinquant ou le criminel face à ses responsabilités dans l’acte délictuel. On ne montre pas non plus les limites que la société impose ! Le chemin vers la réinsertion, déjà compliqué, se trouve en réalité compromis sinon clos. Il existe d’ailleurs une mission d’information sénatoriale sur l’exécution des peines (Rapport n°25-002, 2025) qui montre que l’exécution des peines demeure un maillon sinistré de la chaîne pénale. Le taux d’exécution est de 87% pour les peines en comparution immédiate, mais il s’effondre à 21% pour les peines issues d’une convocation par un Officier de Police Judiciaire (OPJ). Cette mission parle de suivi « lacunaire » des mineurs condamnés. On ne peut s’empêcher de penser que cela ne peut que renforcer leur sentiment d’impunité ! Et, encore une fois, les troubles d’octobre 2026 montrent que certains magistrats n’ont en réalité pas compris ce qui était en jeu, ni plus ni moins que la survie de la Démocratie.

Un autre facteur souvent avancé et non dénué de bon sens serait la perte des repères d’autorité au sein de la société, avec notamment la destruction des figures d’autorité comme le père, le prêtre, l’instituteur, le leader syndical, qui donnaient un cadre et des références. Même si la crise de 1968 a probablement montré qu’il pouvait s’avérer trop étouffant, force est de constater que nous arrivons à la limite de la devise de cette époque bien connue, « il est interdit d’interdire ». L’individualisme forcené issu de cette révolte ne permet plus de faire société. Les conséquences observables sont une augmentation de la violence, exponentielle, chez les jeunes. C’est un phénomène bien décrit par le pédopsychiatre Maurice Berger, qui a consacré trente-cinq années aux mineurs violents, et qui attribue leur violence, non à la précarité, mais aux carences éducatives et à des fonctionnements claniques18de facto quasi-institutionnalisés à l’école.

Il existe enfin deux facteurs qui participent indubitablement à l’explosion de la violence dans notre société. Le premier est lié au diagnostic porté dans la section précédente. La perte de la maîtrise de la langue française chez les jeunes, qui ne leur permet plus ni d’exprimer correctement leurs sentiments ou leurs révoltes, ni de maîtriser leur frustration, en les menant tout droit vers une violence incontrôlée. L’explosion de la violence est d’ailleurs très importante chez les mineurs et implique souvent une violence de mineurs à l’encontre d’autres mineurs. On ne peut aussi exclure que l’addiction aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux les distancient de la réalité, multipliant les effets de la violence par une déshumanisation des rapports avec l’autre. Le récent drame d’Aubagne en est un bon exemple.

Le facteur qui nous paraît important et qui est, souvent occulté dans les médias ou parmi les élites dirigeantes reste le coût social et humain d’une immigration massive extra-européenne. Il s’agit souvent d’individus masculins jeunes, venus de cultures très différentes de la nôtre, sans les repères nécessaires pour vivre en France ou en Europe, mais aussi d’individus ayant connu des guerres ou des violences pendant leur trajet de migration, souvent sans formation réelle et ne répondant pas aux codes sociaux en vigueur sous nos latitudes. Tout cela n’est pas sans effet observable sur les chiffres de la délinquance. Leur surreprésentation dans la délinquance reste un « tabou »19, alors que toutes les statistiques officielles disponibles vont dans le même sens. Le problème, c’est que cette réalité brise le narratif ambiant et qu’il est plus simple d’expliquer que la société est raciste ou que la police tue. C’est le principe d’irresponsabilité à son sommet défendu par LFI et les Verts.

Tout cela forme un cocktail explosif, qui sert de réservoir de bras, d’imbéciles utiles dans certains cas, et d’armes à des groupuscules extrémistes, ayant des accointances avec des formations politiques établies qui prônent une déconstruction, ou plutôt une destruction de notre société. Si rien n’est fait, il se pourrait que nous nous retrouvions avec des révolutions urbaines considérables en 2027, qui feront passer celles de 2023 et de 2026 pour d’aimables manifestations. LFI revendique implicitement et même parfois explicitement le recours à la violence politique. On a pu constater qu’en Suisse, un pays voisin, l’explosion des cambriolages dans les armureries par des criminels des cités françaises20, pilotés à distance dans le cadre du « crime-as-a-service », inquiète désormais la police fédérale suisse, la Fedpol, au point de justifier la création d’une cellule opérationnelle nationale et d’une task force européenne. Cela reste un signal faible, mais qui est lourd de sens. L’État français se montre encore capable de cartographier la menace, alors que tous les outils existent dans les services de l’État, mais il est incapable de l’endiguer. La prochaine élection présidentielle aura lieu dans une société fracturée, avec des minorités radicalisées, avec en embuscade l’entrisme islamiste qui ne peut que rêver d’un chaos pareil. Plus que le meilleur des mondes, cette fois, c’est un Mad Max à la française ou un mauvais remake du film New York 1997 qui arrivent. Il est plus que temps de réagir !

 

Notre désindustrialisation est massive

Quatrième cause explicative : ce chapitre, crucial, est le prélude de celui sur la situation économique de la France et aborde l’état de notre industrie. Cette histoire remonte au courant des années 1970 et s’accélère dans les années 1980. Entre 1974 et 2007, la France est passée de 5,4 millions d’emplois industriels à 3,4 millions, soit une perte de 36%. En 2020, la France est tombée à 2,9 millions d’emplois industriels21 et le phénomène s’est poursuivi en 202622 sans que rien ne vienne vraiment l’enrayer. Les dispositifs mis en place depuis dix ans (France 2030 et autres territoires d’industrie) ont été coûteux, inefficaces et ont en fait conduit à arroser le sable pendant des années.

Il en va de même pour les chiffres dans le secteur agricole, où l’on constate une chute drastique du même ordre ; ce qui devrait collectivement nous inquiéter sur les fondamentaux de notre économie et sur notre capacité à nourrir notre population.


Lorsqu’on essaie de comprendre ce qui explique cette désindustrialisation massive, le premier évènement marquant correspond aux deux chocs pétroliers et, donc, à un surenchérissement des coûts de l’énergie, malgré le programme électronucléaire civil alors en pleine construction. A cette époque, nos industries dépendaient fortement des énergies fossiles. La France n’était pas la seule touchée. Mais la crise y a été plus sévère que chez bon nombre de nos voisins européens. Cette différence d’ampleur dans la désindustrialisation entre nos voisins et notre pays peut s’expliquer par plusieurs facteurs non exhaustifs.

Un des premiers éléments qui a été mis en avant, et pour lequel il existe des éléments tangibles, est que l’industrie a beaucoup misé sur le milieu de gamme, pour la production des biens de masse. On pense notamment à l’automobile qui était un des grands pourvoyeurs d’emplois industriels. Face à la montée en gamme de l’industrie automobile allemande, et à l’arrivée de la concurrence tout d’abord japonaise puis coréenne dans les années 1980-1990, aujourd’hui chinoise, cette industrie n’a pas résisté et n’est plus que l’ombre d’elle-même. Des décisions idéologiques de l’Union européenne ont probablement signé l’arrêt de mort de notre industrie automobile européenne dans son ensemble avec l’interdiction de la vente de moteurs thermiques pour les véhicules neufs à l’horizon 2035, même si des aménagements ont été consentis par la Commission européenne en décembre 2025.

Le tournant de la rigueur de 1983, après une période de nationalisations plus ou moins heureuses, a été suivi d’une suite de privatisations (1986-1988)23 qui ont fait passer à plus long terme certains de nos fleurons sous contrôle étranger (Alstom, Lafarge, Latécoère, etc.), faute de capitaux nationaux suffisants en France pour investir dans nos entreprises. Ce qui a probablement aggravé cette situation, c’est une politique fiscale bien moins avantageuse pour nos entreprises, par comparaison avec celles menées par nos concurrents européens. D’autres facteurs ont aussi porté des coups de boutoirs à l’industrie française, comme l’ouverture européenne au-delà des six pays fondateurs, pour finir à ce jour à 27 (après un passage à 28), avec des normes du travail, fiscales et environnementales entraînant une concurrence intracommunautaire déséquilibrée. Ce qui veut aussi dire que la France a été incapable de s’adapter aux nouvelles donnes industrielles du continent européen.

Dernier clou sur le cercueil de l’industrie française, l’entrée dans l’Euro nous a arrimés à l’ancienne monnaie forte, le Deutsche Mark ; ce qui a structurellement désavantagé notre industrie, car nous n’étions franchement pas prêts pour cette monnaie unique. Elle nous a fait perdre de fait notre souveraineté monétaire et nous a privés de leviers précieux, comme la dévaluation, quand la situation financière le nécessitait. L’Euro nous a aidé pendant longtemps, en nous permettant d’emprunter sans compter grâce à des taux faibles liés à la force de l’économie allemande ; mais ce fut un cadeau empoisonné qu’aucun de nos dirigeants n’a été capable d’expliquer aux Français, trop heureux de se dire que l’Euro et l’Allemagne couvraient nos turpitudes.

Autre sujet majeur expliquant cette désindustrialisation massive, celui de la guerre économique est menée par les États-Unis24 et la Chine, avec l’aide de leurs services de renseignements et de leurs industriels, qui font main basse sur nombre de nos pépites industrielles dans des secteurs de pointe variés comme l’industrie de la défense, de l’aviation ou du numérique, avec la complicité active ou passive de membres influents de l’administration française et de politiques souvent convertis aux valeurs mondialistes du programme Young Leaders pour la partie américaine25. Champions du libre-échangisme à la sauce américaine, quand ils servent leurs intérêts, les États-Unis, et pas seulement sous Donald Trump, n’en sont pas moins protectionnistes. La France et l’Europe sont bel et bien les dindons de la farce. De nombreuses affaires en sont des exemples criants, comme l’affaire Alstom26 qui illustre bien ces stratégies. Après un procès pour corruption mené par le DOJ américain (2010-2014), Alstom a été rachetée par General Electric en 2015. Si l’intimidation par le FCPA (Foreign Corrupt Practices Act) y joue un rôle dans cette affaire, les difficultés financières internes et le manque de soutien public en France ont aussi joué, avec gouvernement français complètement hors sol lors de la vente d’Alstom. Cette affaire a clairement posé la question du rôle exact d’Emmanuel Macron, alors conseiller de l’Élysée sous François Hollande, puis devenu ministre de l’économie, puis président de la République, qui était en charge de ce dossier. Pourquoi a-t-il agi comme ça ? Pourquoi n’a-t-il rien fait ? Ces questions restent à ce jour sans vraie réponse.

Dans le registre de la guerre économique, il faut enfin parler du véritable sabotage de notre filière électronucléaire par les militants écologistes, leurs élus et leurs ministres, avec entre-autre l’action de destruction commencée sous Lionel Jospin par Dominique Voynet qui s’est publiquement vantée de son action. S’y sont mêlés les intérêts allemands bien compris de l’autre côté du Rhin. L’équipe dirigeante CDU/SPD, encore aujourd’hui au pouvoir, avait un intérêt évident à affaiblir la France et à détruire son industrie au titre de « l’amitié franco-allemande ». Ces manœuvres, que nous pouvons qualifier de destructrices pour notre industrie, ont eu pour effet de nous priver de l’un de nos derniers avantages compétitifs qu’était une énergie abondante et peu chère. L’Union européenne porte aussi sa part de responsabilité avec ses politiques anti-nucléaire, sa libéralisation forcée du marché de l’électricité et son pacte européen de l’énergie qui ont tous œuvré en défaveur des intérêts français ! Mais là aussi, on peut se demander où étaient passés les technocrates et politiques français à Bruxelles lorsque ces politiques ont été mises en place avec l’accord de tous les gouvernements français depuis trente ans. C’est bien d’accuser les autres, mais les premiers et vrais responsables sont bien à Paris27.

Il ne faut pas nier que l’assujettissement intellectuel de nos élites dirigeantes au dogme de la mondialisation heureuse, y compris et surtout chez de nombreux grands industriels, a conduit à vouloir nous faire croire que nous pourrions délocaliser nos usines polluantes vers la Chine pour la cantonner à un rôle d’atelier de nos industries, en se focalisant sur nos activités tertiaires, sans que cela ait des conséquences sur nos capacités à innover et à conserver nos savoir-faire. C’est la trop fameuse entreprise sans usine de Serge Tchuruk, ancien PDG d’Alcatel !28
Ce sont toutes ces prises de décisions contraires à nos intérêts qui nous ont emmenés dans le mur. Or, si la situation n’est pas encore désespérée, se rétablir en tant que nation industrielle exigera un effort hors norme dans la durée. La seule question qui vaille est donc bien de se demander si nous en avons encore la capacité en 2026.

 

La situation financière et budgétaire, vers le gouffre !

Dernier élément explicatif et c’est littéralement l’éléphant dans la pièce aujourd’hui, c’est celui qu’aucun de nos hommes ou femmes politiques n’a vraiment voulu regarder en face depuis des années et qui s’invite en force dans cette période de précampagne électorale présidentielle. La dette publique explose et la charge de la dette devient insoutenable. De nombreux facteurs explicatifs de cette situation ont été abordés dans les paragraphes précédents. Fin 2026, la France, qui pouvait encore lever de la dette sans problème, se retrouve en situation délicate, et elle est même présentée comme l’homme malade de l’Occident. Le « too big to fail » va-t-il être démenti ?

La dette se monte désormais à 3595,5 milliards d’euros en fin de deuxième trimestre 2026, soit 119%29 du PIB, avec un taux de l’OAT (obligations assimilables du Trésor) à 10 ans pour la France de 5,082% à l’heure où s’écrit cet article. Autant dire que l’on se rapproche dangereusement de ce qui paraissait être impensable et qu’il ne faut plus exclure : nous avions fait le pari des 6% à Noël 2026 durant l’été dernier (nous verrons si nous sommes démentis) et nous pourrions dépasser les 6% en 2027, augmentant la charge de la dette à la limite du supportable dans une économie à la limite de la récession, même si les effets directs de tels taux ne sont pas immédiats.
Cette montée des taux ne touche pas seulement la France ; les besoins en investissements massifs des entreprises de la tech, notamment dans leur course à l’IA, participent à la situation. Les États-Unis sont aussi touchés par le phénomène de remontée des taux. La France peut encore emprunter à des taux encore supportables, mais pour combien de temps ? Elle a déjà des taux beaucoup plus élevés que l’Allemagne. La Grèce emprunte à moins cher que la France, suprême humiliation ! Notre situation est telle que notre appartenance à la zone euro seule n’est plus forcément une garantie suffisante pour les marchés. Des signes inquiétants venant d’investisseurs japonais indiquent qu’ils sortent de la dette française, considérant que le rapport gain risque n’était plus satisfaisant30 ; ce qui est un très mauvais signal et sûrement pas le dernier31.

Par ailleurs l’instabilité politique induite par la dissolution aventureuse de 2024 et les carences du pouvoir en 2026 mettent à mal les institutions et la capacité de nos parlementaires à traiter des questions budgétaires avec sérieux. Entre le faible nombre d’économies proposées et l’inflation fiscale, on peut craindre d’être à la limite du consentement à l’impôt de la part de la population. Il ne faut pas oublier que nos entreprises sont fragilisées par de nombreuses crises, qu’elles ont plus ou moins bien traversées. Le risque est que le nombre de fermetures d’entreprises déjà préoccupant s’accélère, avec moins de rentrées fiscales pour l’État et une augmentation du chômage, déjà perceptible, qui finit de rompre le contrat social entre l’Etat et les Français. A cela s’ajoutent des revendications sociales qui ne pourront être satisfaites, comme le montrent les manifestations lycéennes, qui sont accompagnées d’émeutes urbaines au coût exorbitant. La situation est explosive à bien des égards et beaucoup pensent à une situation pré-insurrectionnelle.
Les rumeurs de mise sous tutelle du FMI enflent, avec parfois des informations souvent sujettes à caution colportées par des chaînes d’information évoquant des travaux préparatoires au FMI et qui ne font qu’ajouter au climat délétère ambiant. Est-ce le signe d’un vent de panique qui soufflerait sur le monde politico-médiatique ? La seule chose que l’on peut cependant affirmer, c’est que le risque est réel et que si le gouvernement espérait que cela se produise après l’élection présidentielle, il pourrait se retrouver face à une crise incontrôlable dès le premier semestre 2027.

Alors, que peut-on espérer de cette période pré-électorale ? Un budget sérieux impliquerait des changements drastiques de nos habitudes. Quel parti pourrait se faire élire en promettant du sang et des larmes, sans considérer la résistance du « système » qui ne veut absolument pas voir son mode de fonctionnement changer. Ce tableau paraît excessivement sombre, mais nous sommes probablement en-dessous de la réalité. La population française dans son ensemble ne mesure pas encore totalement l’ampleur de la menace. Or, sans vraie prise de conscience, aucun redressement n’est possible ! Nous ne pouvons plus continuer avec un niveau des dépenses publiques aussi élevé. Par bien des aspects, la France rappelle l’économie soviétique finissante, avec un État hyper centralisé, une administration kafkaïenne, et des normes que plus personne ne comprend. Pour mémoire, 29% des emplois en France dépendent directement ou indirectement de la sphère publique32. C’est aussi le cœur du problème. La richesse n’est plus produite.


Source : Eurostat ; FIPECO

Nos dépenses sont très majoritairement d’ordre social. Les retraites y ont une très grande place. Une partie du problème continue de venir des régimes spéciaux, non encore alignés sur le régime général, et de la fonction publique dont la retraite se calcule sur les six derniers mois et qui n’est pas provisionnée par des cotisations, mais payée par une partie importante des budgets alloués à chacun des ministères. Cette situation donne une image insincère des budgets réellement alloués aux opérations de ces derniers. Les récentes publications de Bercy sur la part des retraites dans les budgets des ministères ne font que confirmer ce que tout le monde soupçonnait ; l’État s’écroule sous le poids des retraites publiques.

Voilà donc le défi vital qui nous attend d’ici l’élection présidentielle, et si nos politiques ne sont pas capables d’agir ou ont la tentation d’attendre que les contraintes viennent de l’extérieur (intervention directe de la Commission européenne, de la BCE et/ou du FMI), le prix pour nos institutions et notre démocratie risque de nous faire basculer dans une dimension que nous n’osons imaginer.
Alors que faire ?

 

Quelles sont les perspectives pour éviter l’effondrement ?

Face à ce sombre diagnostic, seules deux voies s’offrent à nous : accepter le déclin ou engager un redressement qui ne pourra se faire en quelques mois, ni même en un seul quinquennat, tant l’ampleur du chantier est immense. Ce qui est le plus inquiétant, c’est justement le manque de perspectives claires dans un environnement géopolitique plein de dangers, car nous ne voyons aucun sursaut de la part de notre personnel politique devant les montagnes à soulever pour redresser notre pays. Parallèlement, nous ne constatons pas non plus qu’il existe une réelle prise de conscience collective de la part de la population française. Si elle est inquiète, elle accepte que des efforts soient mis en place tant que cela ne la touche pas directement. Mais pas plus !
L’autre élément rédhibitoire, c’est de ne pas pouvoir compter sur la classe politique qui s’est partagé le pouvoir depuis 1981 pour reconnaître les erreurs commises depuis tant d’années et changer radicalement sa façon de procéder. En réalité dans son immense majorité, elle ne veut pas de changement. Or, produire les mêmes actions pour espérer obtenir un résultat différent est probablement ce qui définit le mieux la folie.

Afin de changer le cours des choses, voici donc les quelques actions qui seraient nécessaires. Elles se regroupent en sept catégories :
  • Il faut reconstruire le système éducatif français afin de lui permettre de fournir toutes les compétences nécessaires aux futurs acteurs de l’économie française. Des compétences techniques et manuelles pointues sont aussi nécessaires. Il faut donc prendre en compte la révolution de l’organisation du travail que représente l’arrivée de l’IA dans tous nos métiers et il nous faut reconquérir notre souveraineté numérique. Pour cela, un retour de l’excellence mathématique est indispensable. Il faut rétablir la sélection républicaine, le sens des concours, valoriser l’apprentissage et préférer des techniciens industriels et des ingénieurs à des armées de sociologues et de psychologues. C’est la seule manière de créer des richesses et d’innover.
  • Il nous faut réformer la structure administrative et politique de notre État et de nos collectivités locales pour les rendre plus agiles et plus efficaces. Réduire le nombre de Ministres et donc de ministères, de députés, sénateurs, conseillers régionaux33 ou départementaux est bien sûr la voie la plus facile. Mais le sujet est d’abord de s’attaquer frontalement au mille-feuilles administratif des agences, des autorités administratives, des associations dotées de missions de service public, pour le meilleur et pour le pire. Il faut arrêter de démembrer l’État et le ramener à ses fonctions régaliennes. Cela permettra d’une part de faire des économies et d’autre part d’envoyer un signal fort au monde entier que la France peut se réformer. Libérer des marges budgétaires pour encourager la création d’entreprises et d’industries sans lesquelles le redressement n’est pas possible est aussi une nécessité absolue. Il n’y a pas de partage de richesses possible sans leur création préalable.
  • Il nous faut absolument changer nos priorités budgétaires. Nous sommes en état de quasi faillite et il n’est plus possible de dilapider l’argent public pour des aides multiples, souvent peu fondées, qu’il s’agisse d’aides sociales non contributives, de l’aide au développement que l’Inspection générale des Finances vient de reconnaître inadaptée ou d’une aide à un allié ukrainien qui est certes louable, mais peu compatible avec nos problèmes budgétaires. N’étant plus en capacité économique de peser, nous ne pouvons plus être le deuxième pays contributeur net à l’Union européenne (UE). Notre solde négatif n’est plus tenable. Cependant, si les négociations échouent sur cet axe, il sera toujours temps de poser la question de la pertinence de notre positionnement dans l’UE. Il nous faut aussi revoir de fond en comble notre système social et insérer un pilier de capitalisation dans notre système de retraites, en complément du régime par répartition, avec la création de fonds de pension français en parallèle qui seraient aussi un outil puissant de financement de notre réindustrialisation.
  • Il nous faut réindustrialiser notre pays et donc remettre au centre de notre économie la production, l’industrie et l’innovation, sans oublier notre outil agricole. Sans appareil productif de biens, nous ne pourrons créer suffisamment de richesse pour maintenir un niveau de vie correct à nos concitoyens. Des fonds de pension à la française permettraient un investissement vertueux pour notre industrie et notre économie ; mais il faut aussi revoir le rapport aux risques et à la norme pour redonner envie de créer des PMI et non se cantonner au principe de précaution mortifère pour notre pays. Il ne faut pas nécessairement reproduire l’industrie du passé, mais se focaliser sur une vision moderne où les nouvelles technologies doivent avoir toute leur place. En clair, regarder ce qui se fait en Chine ou en Pologne.
  • Afin de retrouver notre souveraineté sur les sujets régaliens, il est critique de redonner la primauté au droit français sur les institutions supranationales qui ont pris des pouvoirs non définis dans les traités originaux et sans jamais en référer aux populations européennes. La mission de nos institutions nationales a pour rôle de défendre les intérêts des Français avant tout. Si cela s’avérait impossible, la question d’un retrait partiel de l’UE deviendrait légitime, sans même parler de l’idée d’un Frexit.
  • Nous devons aussi revoir notre modèle de société. S’il est aisé de concevoir qu’il faut redistribuer, faut-il encore créer cette richesse en tout premier lieu. L’égalité n’est pas celle qui nous appauvrit tous ! Passons d’un modèle de consommateurs et d’assistés à celui de producteurs de biens et de richesses. Remettons au centre de notre contrat social le mérite ! Comme à l’école ! Cela représentera une vraie révolution copernicienne pour de nombreux Français qui sont devenus une caricature des Bronzés.
  • Pour finir, il faut que nous réformions notre institution judiciaire. Le préalable au retour à un épanouissement économique est la restauration de la paix sociale. Il est impératif de pacifier les rapports au sein de notre société. Et la justice française se comporte de plus en plus comme le bras armé de tout ce qui déstabilise notre pays actuellement. La question de la formation et du recrutement des magistrats est posée.

Oui, le chantier est colossal ! Cependant, à ce jour, nous ne voyons aucune des formations politiques en lice pour les présidentielles incarner cette vision. Le chemin demandera des efforts et des sacrifices. Ceci explique cela. Nous ne pourrons guérir les maux de notre société qu’en engageant des réformes structurelles massives et en soumettant ces réformes à l’approbation du peuple français, seul juge ultime de toute action politique dans notre pays. La question de l’usage de l’article 11 de notre constitution n’est donc pas d’une affaire pour les seuls juristes et publicistes.


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A propos de des auteurs:
Emmanuel Mawet : Directeur de projet numérique dans l'industrie pharmaceutique, auteur d'articles ou de vidéo/interview sur la souveraineté numériques et industrielles (www.effisyn-sds.com / effisynsds.smartrezo.com/index.html). Ecrit aussi des articles moins orienté sur la souveraineté et publie des articles d'autres auteurs sur son blog smartrezo un bin décalé.
Il a été aussi interviewé sur Atlantico :

Souveraineté numérique l'affaire bulle ou quand la French Tech finance Microsoft
Pax Silica alliance transatlantique IA qui condamne l"europe éternel vassal partenariat stratégque ou piège américain
Mistral peut-il sauver l'Europe de son retard sur l'IA

L’auteur s’exprime à titre personnel

Christophe-Alexandre Paillard : fonctionnaire, enseignant, auteur des « nouvelles guerres économiques » chez Ophrys (préface d’Alain Juillet, Paris, 2011) destiné à vulgariser les grandes thématiques de l’intelligence économique contemporaine.
L’auteur s’exprime à titre personnel et ne représente le point de vue d’aucune institution

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1 Alain Peyrefitte, le mal français, Plon, Paris, 1976, https://www.academia.edu/106577617/Le_mal_français_Alain_Peyrefitte_Paris_Plon_1976_527_p_La_France_et_ses_mensonges_François_de_Closets_Paris_Denoel_1977_366_p
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Étrange_Défaite
3 https://www.monde-diplomatique.fr/1983/07/FLORENNE/37428
4 Jean Doise et Maurice Vaïsse, https://www.editionspoints.com/ouvrage/diplomatie-et-outil-militaire-jean-doise/9782757854334
5Le tournant de 1983, une histoire politique. La gauche, la rigueur, l’Europe Frédéric Bozo – Odile Jacob 2025
6La politique économique de la gauche et le tournant de 1983 – Fondation Jean Jaurès
7Le Traité de Lisbonne est une trahison de la démocratie – Reporterre
8Chiffres clés sur l’éco-anxiété – IFEMDR (14 décembre 2023)
9Pisa 2025 : la France enregistre ses pires résultats scolaires depuis la création du classement de l’OCDE – L’indépendant 08 septembre 2026
10OCDE (2026), Regards sur l'éducation 2026 : Indicateurs de l'OCDE, Éditions OCDE, Paris,
11Marie Duru-Bellat, L’inflation scolaire - Les désillusions de la méritocratie (Seuil, 2026)
12La dévaluation du baccalauréat produit un échec massif des étudiants à l’université – Claude Badia – 11/07/2025 - FigaroVox
13FCPE – Elèves non francophones : vous avez dit « inclusion » ? 5 mars 2022
14Ihemi – Flashcrim – Décembre 2015
15Ministère de l’intérieur – Victimes de violences physiques et sexuelles enregistrées : en hausse en 2025, en particulier pour les violences physiques envers les mineurs
16Site web : https://www.horloge-de-la-criminalite.com/crimes/
17Vie Publique – Discours de M. Robert Badinter, ministre de la justice, à l’École nationale de la magistrature, sur la politique judiciaire, Bordeaux le 15 octobre 1981
18Sur la violence gratuite en France. Adolescents hyperviolents, témoignages et analyses – Maurice Berger – L’Artilleur 2019
19Boulevard Voltaire – Surreprésentation des étrangers dans la délinquance : quand la gauche refuse le réel – Clémence de Longraye – 28 nov 2025
20Des bandes originaires de France derrière la majorité des vols dans les armureries suisses – Blick – 10 juillet 2026
21Insee – Le recul de l’emploi industriel en France entre 1980 et 2007 – Ampleur et principaux déterminants : état des lieux
22« La France face à l’effondrement de sa puissance industrielle » - par Christophe-Alexandre Paillard – Diplomatie N°93 Les grands dossiers.
23Les privatisations de 1986-1988 : Un moment libéral du capitalisme français – Laure Quennouëlle-Corre - Cairn
24« Le piège américain » - Frédéric Pierucci – 2019 Éditions JC Lattès
25French-American – Program Young Leaders
26Christophe-Alexandre Paillard – Comprendre l’Affaire Alstom vu par Christophe-Alexandre Paillard – Smartrezo 5 février 2026
27 Du même auteur, les Grands dossiers de Diplomatie n°93, août/septembre 2026, La France face à l’effondrement de sa puissance industrielle, https://www.areion24.news/produit/les-grands-dossiers-de-diplomatie-n-93/
28 Prononcée en juin 2001, cette affirmation catastrophique a donné lieu à de très nombreux commentaires depuis 25 ans. https://www.lemonde.fr/archives/article/2001/06/27/alcatel-veut-devenir-une-entreprise-sans-usine_203195_1819218.html
29La Nouvelle République – La dette française augmente à nouveau et atteint 119 % du PIB – Léo Humber 29 sept 2026
30Sumitomo Mitsui DS AM’s Kunibe Exits French Bonds – Bloomberg – Mia Glass October 2nd, 2026
3121News – « Même dans mes pires cauchemars, je n’avais pas envisagé ça » Marc Touati – 7 octobre 2026
32FIPECO – La masse salariale publique - 26-02-2026
33Assemblée Nationale = 577 députés / Sénat : 348 sénateurs / 18 conseils régionaux pour environ 2000 conseillers régionaux soit un total de plus de 3000 (en Allemagne 1500)

E.Mawet et CA Paillard

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